La Vie de Mahomet

(Alphonse de Lamartine, 1854)

Livre 1 - Chapitre 100

On appela la neuvième année de l’Hégire, depuis la fuite de Mahomet, l’année des ambassades . C’était pour lui l’année de la moisson. L’unité de Dieu avait germé dans toute l’Arabie et au delà. Les routes étaient couvertes de caravanes qui venaient rendre hommage à Mahomet, et qui rapportaient sa doctrine aux populations de l’Orient. Le Coran, sorti verset par verset, à diverses époques, des lèvres du prophète législateur, était recueilli et classé par les disciples. La vertu et le vice de ce code étaient de confondre dans une même théocratie la religion et la législation civile. Cette unité de la loi civile et de la loi religieuse serait la perfection des institutions humaines si le législateur était infaillible ; la loi deviendrait ainsi divine et humaine à la fois; la conscience parlerait comme l’autorité, et Dieu comme le prince. Le sujet ou le citoyen ne serait que le fidèle ; le ciel et la terre seraient confondus dans le gouvernement. Mais l’inconvénient des théocraties telles que celle que fondait Mahomet, est de lier à un dogme religieux, qui doit être absolu et immuable, une loi civile qui doit changer avec le temps, les moeurs, le progrès des idées, les nécessités de la politique. On attache ainsi par un lien indissoluble l’éternité au temps, Dieu à l’homme, la vie à la mort. Quand les lumières plus avancées disent au gouvernement et au peuple: changez vos lois, votre administration, votre politique ; la re- ligion inviolable dans ses préceptes et dans ses traditions, leur dit: Ne changez pas une lettre de votre loi, car votre loi fait partie de moi-même! Ainsi dépérissent et meurent les peuples théocratiques qui n’ont pas séparé le pouvoir religieux et le pouvoir civil. Les théocraties sont les plus forts des gouvernements à leur origine, les plus retardataires et les plus incorrigibles à leur décadence. L’islamisme n’était pas seulement un théisme proclamant Dieu dans la raison et ne l’honorant que par les bonnes oeuvres; il était de plus une théocratie, c’est-à-dire le règne sacré et perpétuel d’un pontife souverain sur la terre. C’est par là qu’il devait s’étendre et se perpétuer comme religion, niais qu’il devait s’affaiblir comme empire.
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