La Vie de Mahomet

(Alphonse de Lamartine, 1854)

Livre 2 - Chapitre 10

On connaît Omar : miséricordieux de cour, absolu de foi, sans ambition pour lui-même, ambitieux de conquêtes à son Dieu, il convenait merveilleusement à l’établissement d’une religion qui ne prétendait encore rien pour ses sectateurs, mais qui prétendait l’univers pour son Dieu. Aussitôt qu’Omar eut accepté le gouvernement, il se rappela cette parole du prophète : «Ne laissez pas subsister deux religions dans l’Arabie. » Il exila les chrétiens et les juifs hors du territoire. Il leur assigna, en compensation, des terres et des demeures dans la partie de l’Irak, de la Perse et de la Mésopotamie déjà conquise. Pendant qu’il s’efforçait d’éloigner ainsi de l’Arabie tout élément de discorde, le brave Khaled, arrivé par le désert en Syrie, avec son détachement de l’armée de Perse, livrait bataille aux Romains, à la tête de cinquante mille Syriens qui avaient adopté la foi nouvelle près d’Aiznadin. Cent vingt mille soldats ou auxiliaires d’Héraclius, suivant les historiens arabes, quarante mille, suivant les chroniques byzantines, tombèrent sous le fer des musulmans. Le général et les principaux officiers d’Héraclius s’enveloppèrent la tête de leurs manteaux, comme César, pour mourir. Le vent de l’Arabie abattait tout. Khaled, vainqueur, reçut sur le champ de bataille un courrier de Médine qui lui apportait la nouvelle de la mort d’Aboubekre et sa destitution. Le ressentiment d’Omar, son ennemi personnel à cause du meurtre du mari de Leïla, ne l’étonna pas. Sans hésiter il remit le commandement à Abou-Obïda, désigné pour commander à sa place par Omar, aussi heureux de descendre que de commander en première ligne les chefs des croyants. Les restes de l’armée romaine, réfugiés dans le vallon du Jourdain, auprès de Tibériade, lac fameux par les miracles du Christ, couvraient encore Jérusalem et l’entrée de l’Egypte.

Abou-Obeïda voulait y marcher ; Omar consulté répondit: «Frappez au cour. » Le cour, c’était Damas, vaste et opulente capitale de la Syrie et clef de la Mésopotamie. Constantinople et Alexandrie ne l’égalaient ni en population, ni en industrie, ni en fertilité de sol, ni en opulence. Les murailles embrassaient trois fleuves et des jardins délicieux.
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