La Vie de Mahomet

(Alphonse de Lamartine, 1854)

Livre 1 - Chapitre 83

Il conclut une trêve de dix ans avec les Coraïtes. Semblable à Henri IV à son entrée à Paris, il sembla traiter les vaincus en vainqueurs, et les vainqueurs en vaincus. Son triomphe pacifique de la Mecque ne fut qu’une imposante revue de ses forces, passée sous les murs du temple et sous les yeux de ses compatriotes éblouis. Les murmures croissants de son armée ne l’ébranlèrent point dans son dessein aussi politique que magnanime. « Je ne suis pas le prophète de mes amis, leur dit-il, mais le prophète de l’Arabie et de tous les croyants futurs dans le monde. Par respect pour les usages et pour les traditions, il n’entra pas cette fois dans la ville sainte. Il retourna à Médine sans avoir tiré l’épée, et profita de la paix avec les Coraïtes pour étendre sa foi par des émissaires envoyés dans tous les royaumes ou empires limitrophes de l’Arabie. Le roi de Perse déchira avec mépris la lettre par laquelle Mahomet le conviait au culte du seul Dieu.

«Est-ce ainsi, dit le monarque offensé du titre d’apôtre de Dieu pris par Mahomet, qu’un homme qui est mon esclave doit me parler ? » En apprenant cette réponse, Mahomet s’écria: «Eh bien, que son empire soit déchiré comme il a déchiré mon message! » La malédiction ne devait pas tarder à s’accomplir par la main d’Ali Le roi d’Abyssinie traita ses envoyés avec plus de déférence. La ressemblance apparente de l’islamisme et du christianisme lui fit confondre les deux cultes et accepter l’alliance de Mahomet. Le prince de la race copte , qui gouvernait alors l’Egypte indépendante et à demi chrétienne, accueillit ses ambassadeurs comme eux d’une puissance naissante qui l’aiderait à combattre les Romains. Il lui jura amitié ; il lui envoya en présent un cheval de race, et une mule blanche, fameuse par son instinct, nommée Doldol, que le prophète monta jusqu’à sa mort, enfin deux jeunes filles nobles de la race des Coptes. L’une nommée Sirin, fut donnée en mariage par Mahomet au poète de Médine, le célèbre Hassan. Il épousa l’autre vierge d’une merveilleuse beauté, nommée Maria et surnommée la Copte. Il l’aima avec une passion qui balança souvent l’empire d’Aïché sur son cour.

Bientôt après, à la reddition d’une place forte de l’Arabie syrienne emportée par ses troupes’, il épousa une autre princesse prise dans l’assaut. Elle se nommait Safya; Ses guerriers se la disputaient pour ses charmes. Mahomet, appelé pour juge entre les prétendants, étendit son manteau sur la captive et la consacra ainsi pour ses propres voluptés. Son triomphe faillit lui coûter la vie. Une des captives, nommée Zaynab, lui donna un festin dans lequel on servit une brebis empoisonnée. Il repoussa la chair de ses lèvres après l’avoir goûtée. Un de ses disciples, qui en mangea avant lui, tomba mort à ses pieds. Le poison fut constaté dans l’animal. «Malheureuse ! dit-il à Zaynab, quel motif t’a poussée à ce crime ? - Tu es le destructeur de ma nation, répondit la Judith arabe, j’ai voulu la venger sur toi si tu n’étais qu’un conquérant ordinaire, ou embrasser ton culte si le ciel te révélait le danger ! » Zaynab obtint son pardon en faveur de cette épreuve qui avait justifié le don de l’inspiration dans le prophète. Cependant le poison qu’il avait goûté circula depuis ce temps dans ses veines et multiplia les crises et les défaillances dont il fut de plus en plus visité.
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