La Vie de Mahomet

(Alphonse de Lamartine, 1854)

Livre 1 - Chapitre 73

Les deux armées s’abordèrent à peu de distance de la ville. Celle des Coraïtes comptait quatre combattants contre un. Hind et ses compagnons l’animaient des sons de leurs tambours et des vers de leurs poètes l’histoire a conservé leur chant de guerre «Nous sommes les filles des étoiles du matin, nos pieds foulent des coussins moelleux ! Nos cous sont entourés de perles, nos cheveux sont embaumés de parfums. Les braves qui font face à l’ennemi, nous les enlaçons dans nos bras; les lâches qui fuient nous les répudions et nous leur refusons notre amour ! Le moine après avoir vainement harangué les soldats de Mahomet pour les séduire, ne reçut que des insultes et lança le premier trait. Le combat quoique inégal, fut long et disputé. Plusieurs fois les cavaliers Coraïtes traversèrent les Médinois pour enlever Mahomet. Un des cavaliers de Médine parvint, le sabre nu, jusqu’aux femmes de la Mecque. Il fit tournoyer son arme sanglante sur la tête de Hind et dédaigna de la frapper parce qu’elle était femme. Deux jeunes frères Coraïtes , frappés à la fois par Hamza et par Ah, vont poser leurs têtes pour mourir sur les genoux de leur mère de la troupe de Hind. «Qui vous a frappés, mes enfants ? leur dit la mère. - C’est Hamza et Ah, répondirent ses fils. - Eh bien, je jure, dit-elle, de ne plus boire de vin que dans leur crâne ! » Hamza poursuivait ses exploits, quand l’esclave noir, qui l’épiait de loin pour accomplir son serment à Hind, lui lance un trait mortel et l’étend sur la poussière. Il reconnaît, en expirant, le nègre vengeur de Hind ; mais il meurt sans pouvoir se venger à son tour. Le drapeau que portait Hamza est ramassé par une héroïne musulmane nommée Amra. Elle groupe autour d’elle les plus braves combattants de Mahomet. Mais un cri s’élève : « Mahomet est mort ! » Il sème le découragement dans les rangs. Mahomet, en effet, pressé par des nuées de cavaliers Coraïtes combattait en héros monté sur un coursier de guerre. Une tranchée, recouverte de sable par les ennemis, l’engloutit tout à coup avec son cheval. Ses compagnons le retirent du fossé et le couvrent de leurs sabres. Mais une flèche l’atteint au visage des pierres lancées du haut de la colline, brisent son casque. Abou-Oheydah à la main percée d’un trait d’acier, en la tendant pour parer le coup porté au prophète «Qui veut donner sa vie pour la mienne ? s’écria Mahomet en tombant de nouveau sous le poids d’une foule d’ennemis. C’est moi C’est moi ! » répondent ensemble huit ou dix de ses disciples en mourant à ses pieds. Le dernier d’entre eux, Doudjanah, couvrant de son corps Mahoinet, étendu à terre, recevait dans les épaules les flèches les lances dirigées contre le prophète. Les anneaux de la chaîne du casque de Mahomet avaient pénétré profondément dans les chairs. Abou-Obeydah les arrache avec les dents, et se brise, sans jeter Lin cri, deux dents, en arrachant le fer de la blessure. Un autre suçait le sang de la plaie pour boire le poison s’il était mêlé avec le sang. «Celui qui mêle son sang avec le mien, lui dit le prophète en conservant toute sa présence d’esprit devant la mort, ne sera jamais atteint par le feu de l’enfer ! » Une femme de Médine, qui avait suivi les musulmans pour leur donner à boire dans la mêlée, saisit un sabre et combattit comme un héros pour couvrir son prophète. Le sabre d’une Cordite lui fendit l’épaule. Un jeune compagnon de Mahomet, nommé Zyad, roula sur le sable, blessé à mort en le défendant. Mahomet étendit la jambe vers lui pour qu’il y reposât sa tête en mourant. Zyad expira ainsi sur les pieds du prophète pour qui il donnait sa vie.
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