La Vie de Mahomet

(Alphonse de Lamartine, 1854)

Livre 1 - Chapitre 88

Des Arabes d’une des tribus de son armée ayant rencontré à la Mecque un guerrier d’une autre tribu qui, selon leur ancien rite, leur devait du sang, le tuèrent. Mahomet fit venir devant son tribunal les meurtriers . « Quand Dieu a créé la terre, leur dit-il sévèrement, il a accordé à la Mecque le privilège d’être un lieu d’asile et de paix où nul n’exercerait de vengeance ni sur un homme ni sur un arbre ! Obéissez à Dieu, qui défend le meurtre ! » Et il paya lui-même le prix du sang de la tribu offensée Peu après il donna l’exemple du sacrifice de la vengeance envers ceux qui l’avaient blessé dans le plus vif de son cour. Un homme féroce, nommé Habbar, avait renversé, d’un coup du bois de sa lance, sa fille Zaynab de son chameau, au moment où elle sortait de la Mecque pour aller rejoindre son père à Médine. Zaynab était alors enceinte ; elle était morte peu de temps après, des suites de sa chute, dans les bras de son père. Habbar osa se présenter à Mahomet pour réclamer l’amnistie en faisant la profession de foi. « Va en paix, lui dit- il, tout est couvert par ton retour au vrai Dieu ! » Un autre infidèle, nommé Ikrima, était déjà embarqué sur la mer Rouge pour fuir la vengeance du vainqueur. Mahomet lui envoya son turban noir en signe de paix. Jkrima revint à la Mecque. Quand il fut prêt de paraître devant le prophète, Mahomet craignit que ses guerriers, emportés par la colère à son aspect, ne l’insultassent d’un geste. «Ikrima va se convertir, leur dit-il, que personne n’insulte ici le nom de son père; insulter les morts, c’est blesser les vivants. Le nègre Wahchi, meurtrier d’Hamzà, l’oncle chéri du prophète, les femmes qui avaient mutilé les cadavres des croyants sur le champ de bataille du mont Ohud, enfin Hind elle-même, la furie qui avait sucé le sang du cour d’Hamzà, furent épargnés. Hind, cachée sous un déguisement dans le groupe des femmes qui venaient faire la profession de foi devant Mahomet, espérait échapper à son regard. Il la reconnut et l’apostropha par son nom. « Oui, je suis Hind, lui dit-elle pardonne-moi le passé ». Elle rentra pardonnée dans sa maison et y brisa les vaines idoles qui n’avaient pu protéger sa patrie.
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